| Photo: William Phénix Le Phare du Cap Alright fait partie de la liste des phares jugés excédentaires par Pêches et Océans Canada. |
Malgré la nouvelle Loi sur la protection des phares patrimoniaux, entrée en vigueur le 29 mai dernier, 970 phares canadiens, dont 480 phares actifs, ont été jugés « excédentaires » par le gouvernement fédéral permettant ainsi aux particuliers, aux municipalités et aux organismes à but non lucratif d’en faire l’acquisition. Les six phares des Îles de la Madeleine, le phare de L’Étang-du-Nord, le phare de l’Anse-à-la-Cabane, le phare de la Pointe-Basse, le phare de l’Île d’Entrée, le phare de l’Île Brion et le phare du Rocher-aux-Oiseaux, font tous partie de cette liste de bâtiments toujours actifs dont le Ministère des Pêches et des Océans cherche à se départir.
Dans un communiqué émis le 11 juin dernier, Gail Shea, ministre des Pêches et des Océans, affirmait qu’il appuyait « tout à fait l'objectif de la Loi sur la protection des phares patrimoniaux (LPPP). Selon M. Shea, « cette loi va contribuer à la protection de nos phares pittoresques, en plus de donner leur mot à dire aux collectivités concernées ». Or, les phares excédentaires ne sont pas protégés par Loi sur la protection des phares patrimoniaux. Pêches et des Océans Canada a désigné 970 phares comme étant excédentaires, le Canada en compte un peu plus d’un millier.
« En déclarant tous ses phares excédentaires, le MPO vide effectivement la LPPP de tout sens et refile l’entière responsabilité de leur protection aux communautés locales », soutient Carlyn Quinn, directrice des communications à la fondation Héritage Canada.
En janvier dernier, la municipalité des Îles de la Madeleine désirait rester prudente quant à une éventuelle acquisition des phares fédéraux, car elle ne voulait pas que « la prise en charge de cette infrastructure devienne un fardeau supplémentaire », avait alors mentionné Jeannot Gagnon, directeur-général adjoint de la municipalité, au journal Le Radar. Depuis, la position de la municipalité n’a pas vraiment bougé.
« Nous on est intéressé par ce patrimoine là, pour la signification qu’il a pour les Madelinots. De l’acquérir, c’est une autre démarche », a mentionné Gabrielle Leblanc, superviseur aux activités culture et patrimoine à la municipalité. L’intérêt que porte la municipalité ne datte pas d’hier. Il y a plusieurs années, des démarches préliminaires avec Pêches et Océans Canada avaient été entreprises afin de déterminer la valeur patrimoniale et historique des phares de l’archipel. De plus, la municipalité à citer tous ses phares à l’exception de celui du Rocher-aux-Oiseaux.
En entrevue au journal Le Radar, le porte-parole du Ministère des Pêches et des Océans à Ottawa, Nelson Kalil, a tenu à préciser que « si les phares sont toujours actifs, l’aspect de l’aide à la navigation restera toujours en fonction. Le phare même, l’élément fonctionnel, reste la propriété de la Garde côtière même si le gouvernement cherche à vendre la structure du phare. » Tous les phares de l’archipel madelinot sont considérés comme actifs par Pêches et Océans Canada.
Cette nouvelle mesure fédérale a soulevé l’ire de la député néo-démocrate d’Halifax, Megan Leslie, la toute première à décrier cette question à la Chambre des communes la semaine dernière. Joint par Le Radar, la député haligonienne ne s’est pas gêné pour qualifier cette mesure «d’hypocrite et d’irresponsable » alors qu’en 2008, les Conservateurs avaient promis de maintenir l’activité et les emplois reliés à la gestion, à l’opération et à la maintenance des phares fédéraux.
Selon la nouvelle loi fédérale, les phares excédentaires ne peuvent pas être considérés comme des phares patrimoniaux, à moins que la population en décide autrement. En effet, pour qu’un phare reçoive la nomination « patrimoniale », la personne, l’organisme ou la municipalité devra promettre au gouvernement d’en faire l’acquisition. La loi prévoit un délai de deux ans afin que les Canadiens puissent désigner eux-mêmes, par le biais d’une pétition et d’une promesse d’achat, quels phares revêtent une importante valeur patrimoniale. Tel que stipulé dans le texte de loi, la pétition devra porter « la signature d’au moins vingt-cinq personnes âgées d’au moins dix-huit ans résidant au Canada » pour qu’un phare excédentaire soit considéré comme patrimonial et ainsi être protégé par la nouvelle loi.
D’autre part, les phares jugés excédentaires pourront être cédés à des nouveaux propriétaires qui pourront, s’ils le désirent, les utiliser à d’autres fins. « Les acquéreurs potentiels [devront] ensuite présenter un plan d’entreprise démontrant la viabilité économique à long terme de leur utilisation […] ainsi que leur capacité à la gérer », peut-on lire sur le site web de Pêches et Océans Canada.
De son côté, la Corporation des gestionnaires de phares de l'estuaire et du golfe Saint-Laurent ne comprend toujours pas sur quoi s’est appuyé Ottawa pour construire cette liste exhaustive de phares jugés excédentaires. « On ne peut pas se départir de tous les phares, voyons-donc! », martelle Serge Guay, vice-président de la Corporation. « Qu’il les transfère aux municipalités, c’est correct, mais au privé, il y aurait un questionnement à avoir. On dirait une vente de feu », renchérie M. Guay.